Feu le professeur Lesly F. Manigat écrit dans son ouvrage intitulé “La Crise Haïtienne Contemporaine” que ceux qui font l’histoire en Haiti ne savent pas tous, ni toujours, l’histoire qu’ils font. Il s’empresse d’ajouter: “et ce n’est pas certainement, en tout cas, jusqu’ici, celle qui va clairement dans le sens du plus grand bien au plus grand nombre et de l’intérêt national” (Leslie F. Manigat, Crise Haïtienne Contemporaine, Port-au-Prince, Haiti, 2009). Cette formule du feu professeur s’applique tout particulièrement dans le cas de ceux qui s’engagent dans la pratique théologique à tous les niveaux du leadership protestant haïtien (Pasteurs, Professeurs de théologie, Moniteurs de l’école du dimanche). En effet, ceux qui font la théologie en milieu protestant haïtien, ne savent pas tous, ni toujours, la théologie qu’ils font. C’est à dire les théologiens protestants haïtiens ne sont pas tous, ni toujours, conscients des enjeux politiques et idéologiques des discours théologiques qu’ils reproduisent sans esprit critique ou discernement aucun. Ils représentent la théologie comme un discours absolu, objectif, et universel sur Dieu et les choses le concernant. Ce discours transcende tout conditionnement socio-historique, culturel ou idéologique. Il est toujours le même et valable pour tous, à toutes les époques, en tout lieu, et dans toutes les circonstances. Ainsi, toute tentative de remise en question est vécue comme une menace directe pour la foi elle-même et doit être condamnée avec la plus grande rigueur.
Dans ces conditions, bon nombres de théologiens protestants haïtiens sont prêts à absorber toute sorte d’enseignement doctrinal qui leur a été imposé de l’extérieur comme une expression absolue de la foi chrétienne. Ils ne disposent d’aucun instrument analytique ou théorique pouvant les permettre de faire face à ces systèmes doctrinaux de manière critique. Mieux encore, ils sont complètement dans l’incapacité de développer leurs propres outils conceptuels et méthodologiques pour articuler leur foi à partir de leur propre expérience ou de leur propre contexte. Ils ne sont pas en mesure d’identifier les questions que soulève le contexte socio-historique haïtien à la foi chrétienne et vice versa, voire leur apporter une réponse unique, originale, appropriée, constructive, et satisfaisante. Ainsi les théologiens protestants haïtiens souffrent d’une naïveté épistémologique, idéologique, et politique affligeante et sont totalement à la merci des théologiens occidentaux européens et nord-américains ainsi que des cadres de référence de ces derniers pour définir leur propre foi.
De plus, les théologiens protestants haïtiens sont complètement figés dans leur conception du christianisme. Ils s’enferment à double tour dans un traditionalisme assourdissant et deviennent prisonniers des expressions les plus fondamentalistes du conservatisme évangélique nord-américain et finissent par reproduire une foi, ou une spiritualité pour laquelle ils sont complètement étrangers. C’est à dire, une spiritualité qui dépayse et détache l’individu de sa propre réalité, de son propre être, de sa propre communauté, de son propre environnement, et qui n’offre aucune perspective pour la vie présente. Une spiritualité qui fragmente l’esprit, divise le sens du moi, qui se résume à un exercice de déni, et s’engage dans le refoulement, la suppression, l’inhibition, et la résignation. Une spiritualité aux effets lénifiants, et qui sert à dissimuler les sentiments d’impuissance, de désespoir, de fatalité, et de frustration des masses exploitées. Une spiritualité paralysante, de survivance, désincarnée, ou l’on prend refuge dans un monde spirituel d’évasion ou dans un au-delà paradisiaque à venir. Une spiritualité contradictoire: déresponsabilisante et culpabilisante en même temps. Une spiritualité qui ankylose l’esprit, étouffe tout désir de libération, encourage la passivité, porte à accepter les conditions d’existence les plus déshumanisantes, aliénantes, et oppressives comme un destin incontournable, ou comme causées par une force surnaturelle invisible au-delà de notre portée.
Cette foi ou cette spiritualité devient une rationalisation du refus de faire face, d’assumer en toute conscience et responsabilité, de lutter pour changer et transformer notre condition d’existence matérielle et sociale. Elle tient lieu de relai aux intérêts politiques, économiques, culturels, et religieux des élites locales et puissances impérialistes occidentales. Elle se nourrit d’ignorance, de peur, et verse dans la mystification, la manipulation spirituelle et psychologique des croyants. Elle renforce le sentiment de dépendance des masses haïtiennes et détourne leur attention des vraies causes du sous-développement et de la situation de pauvreté dans le pays. (Laennec Hurbon fait les mêmes observations dans le cas du Catholicisme en Haiti, dans “Dieu dans le Vaudou haïtien”, Paris: Maisonneuve et Larose, 2002).
Cet état de fait, n’est pas nouveau. Il est le résultat d’un long processus de domination au cours duquel l’Eglise a joué et continue encore de jouer un rôle vital. Historiquement, le christianisme a été introduit en Haiti dans le contexte de l’expansionnisme européen. Il a toujours représenté et représente aujourd’hui encore les intérêts politiques et économiques, socio-culturels et religieux des puissances impérialistes occidentales et de la bourgeoisie interne. Le christianisme s’est toujours considéré comme étant le porte drapeau de la civilisation occidentale et s’est toujours évertué à dévaloriser, diaboliser les fondements historiques de l’héritage et de l’identité culturelle haïtienne. Son rôle a non seulement été de convertir les haïtiens à la foi chrétienne, mais aussi de renforcer la domination socio-politique et économique des puissances impérialistes tout en imposant la civilisation occidentale (Laennec Hurbon, Dieu Dans le Vaudou Haïtien, Paris: Maisonneuve et Larose, 2002). En effet, qui dit christianisme en Haiti dit aussi occidentalisation. Christianisation, en contexte haïtien, rime toujours avec domination occidentale.
A cet effet, la théologie chrétienne traditionnelle, ou l’interprétation biblique occidentale, occupe une place stratégique. Il y a toujours eu un lien étroit entre la théologie chrétienne et l’interprétation biblique traditionnelle d’une part, et les intérêts politiques, économiques, sociaux, culturels, et religieux des pays occidentaux et des classes dominantes haïtiennes de l’autre part — exception faite de la brève période caractérisée par l’émergence de la théologie de libération avec le mouvement TKL (ti kominote legliz) à la suite de Vatican II en contexte catholique haïtien. Autrement dit, en contexte haïtien, la théologie et l’interprétation biblique ont toujours fonctionné comme instruments idéologiques pour maintenir les masses haïtiennes dans l’exclusion, la marginalité, et la soumission tout en renforçant l’hégémonie des puissances impérialistes européennes ou nord-américaines et des élites haïtiennes.
Dès lors, on ne peut plus se contenter d’absorber innocemment les formes de pensée occidentale européenne ou nord-américaine sans prendre conscience de la manière dont elles influencent notre vie sur le plan psycho-affectif et spirituel, socio-politique et culturel. Nous devons toujours poser la question de la relation entre la théologie européenne ou nord-américaine et les valeurs dominantes des sociétés occidentales. De manière plus précise encore, nous devons nous interroger sur les liens entre la théologie évangélique, conservatrice, fondamentaliste et l’impérialisme ou le capitalisme nord-américain. Quel est le rôle idéologique de la théologie évangélique, conservatrice, fondamentaliste nord-américaine en Haiti? En quoi la théologie conservatrice nord-américaine sert-elle à entretenir les relations asymétriques de pouvoirs en Haiti, les rapports de domination? Ou encore, en quoi sert-elle à renforcer la situation de dépendance, d’aliénation, de déshumanisation, et d’oppression des masses haïtiennes? Nous devons démasquer la fonction idéologique et le caractère politique de la théologie évangélique, conservatrice, et fondamentaliste nord-américaine en Haiti.
A cet égard, le congrès du Bois Caïman nous offre un parfait exemple. Bois Caïman joue un rôle paradigmatique dans la mémoire historique de la lutte du peuple haïtien contre toute forme de domination et de violence. Il incarne un moment historique important et marque une étape décisive dans le processus de prise de conscience idéologique ou politico-théologique de la masse des esclaves. Bois Caïman opère une déconstruction symbolique de l’idéologie politico-théologique sur laquelle se fondait la société coloniale esclavagiste. Tant que les esclaves croyaient que Dieu était l’instigateur et le garant principal de la violence coloniale, il leur serait logiquement impossible de se mettre ensemble pour révolter contre l’ordre social esclavagiste, ségrégationniste, et plantationnaire. Automatiquement que les esclaves ont réalisé que la théologie ou l’interprétation biblique coloniale n’était pas objective, absolue, ou universelle; qu’elle était une extension des intérêts et ambitions impérialistes et expansionnistes des colons; c’en était fait. Ils en avaient fini avec cette manipulation théologique qui les maintenait dans la peur et la servilité. Les esclaves se sont rendu compte que le dieu colonial de l’occident chrétien n’existait pas indépendamment du système colonial lui-même. Le dieu des maitres blancs était un sous-produit du système colonial, c’est à dire une idole, un mensonge, une fausseté, une contrefaçon des colons pour justifier l’ordre colonial esclavagiste. Ainsi étaient-ils libres de toute contrainte pour mener une lutte sans merci et mettre fin à leur inacceptable et révoltante asservissement.
Aujourd’hui encore il n’en faut pas moins qu’un autre Bois Caïman et ceci dans le milieu protestant haïtien, c’est à dire un autre moment historique de prise de conscience idéologique, politique, et théologique des masses protestantes haïtiennes. Aujourd’hui encore nous devons réaliser que les systèmes théologiques ou doctrinaux européens ou nord-américains (Luthéranisme, Calvinisme, Wesleyo-Arminianisme, Pentecôtisme, Baptisme, L’évangélisme, le conservatisme, le fondamentalisme, le libéralisme) ne sont pas neutres politiquement ou idéologiquement. Ils sont fondés sur des convictions et systèmes de valeurs spécifiques et trouvent leur expression à travers des relations de pouvoir, des modes de production, et des pratiques institutionnelles bien déterminées. Nous devons nous demander d’où viennent nos représentations de Dieu, de Jésus-Christ, de la foi, de la Bible? D’où viennent nos conceptions du salut, du péché, de la croix, de la justification, de la sanctification, de la prière? Proviennent t-elles nécessairement de la Bible elle-même, comme nous sommes souvent portés à le croire, ou sont elles une réflexion des valeurs et intérêts socio-politiques des classes dominantes Nord-Américaines? En quoi ces représentations de Dieu, de la foi, de Jésus-Christ, de la Bible influencent t-elles notre rapport à nous-mêmes, à notre environnement naturel et social? Nous devons cesser d’avoir honte de nous-mêmes, de notre héritage culturel identitaire historique. Bois Caïman n’est pas une honte. Bois Caïman est une occasion de réveil, un espace de conscientisation, un moment de révélation. Bois Caïman est là pour nous rappeler qu’il ne suffit pas de croire en Dieu, encore faut-il nous demander en quel dieu nous croyons. L’idolâtrie ne consiste pas simplement à faire des génuflexions devant des statues de bois, l’idolâtrie est fondamentalement une fausse représentation de Dieu, qu’elle soit matérielle, mentale, ou intellectuelle. Bois Caïman est un refus radical de toute domestication ou instrumentalisation de Dieu au profit de l’injustice et de l’exploitation. Dieu n’est l’apanage de personne ni d’aucune religion, qu’elle soit chrétienne ou autre. Dieu est libre. Il se manifeste de manière surprenante dans la vie de chaque peuple. Il utilise Makandal, Boukman, Fatiman comme instruments de libération. La domination est d’abord symbolique, culturelle, et mentale. Notre domination politique est une fonction de notre dépendance culturelle et théologique. Tant que nous continuons à dépendre de l’occident pour l’articulation et la compréhension de notre propre foi nous serons toujours dans une situation d’asservissement. Notre libération politique et économique passera nécessairement par notre libération théologique, culturelle, et idéologique. En ce 214e anniversaire de l’indépendance, le moment est venu de nous affranchir de nos peurs, de nous assumer, d’assumer notre identité d’enfants de Dieu et réaliser notre existence dans la liberté et la responsabilité.
Sadrack Nelson
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2 responses to “Théologie et Politique en Contexte Protestant Haïtien: J’en appelle à un autre Bois Caïman! ”
Merci, Pasteur Nelson, de ces pensées bien exprimées. Je ne suis guère qualifié d’observer grande chose sur la question du bois caïmen, un point d’histoire sur lequel mes connaissances sont limitées. Cependant, j’ai bien compris vos sentiments tissés autour de ce thème et j’ose faire une réaction modeste sur quleques points théologiques en tant que missionnaire à la fois américian et de tradition wesleyo-arminien.
D’abord, est-ce que les missionnaires américains faisaient (ou même font) partie de l’entreprise coloniale en haïti? C’est possible mais laissez-moi dire que c’est inconscient. Les remarques récentes de notre Président à l’égard d’haïti et l’Afrique sont tombées très mal sur mes oreilles au point que j’ai même demandé pardon à mes étudiants kenyans le lendemain. Ce mépris de la part de notre officiel politique le plus élévé me dégoûte et même fait honte à tous les américains qui apprécient la richesse des autres cultures. Je demande donc pardon à mes frères et soeurs haïtiens. Ce monsieur ne sait pas ce qu’il dit et ne connaît pas l’impacte de ses paroles en tant qu’occupant de la Maison Blanche.
En ce qui concerne l’histoire de l’Eglise du Nazaréen en haïti, cettte attitude coloniale se manifeste, à mon avis, dans le grand retard de laisser le pouvoir aux mains des leaders nazaréens haïtiens, une lenteur qui heureusement ne se produit pas dans certains pays africains. Les pays où l’Eglise du Nazaréen se multiplie le plus vite sont les mêmes où la présence missionnaire était le plus léger, un phénomène qui devrait susciter des thèses doctorales. Le Bénin est un tel pays.
Plus loin, la tendance d’orienter la théologie chrétienne vers l’au-delà est certes une réalité dans notre dénomination et bien d’autres. Cependant, je crois que c’est quelque chose qui se perd avec les nouvelles générations de nazaréens qui prennent des positions responsables au sein de l’église. De plus en plus, en Afrique au moins, je constate que certains voix se lèvent pour parler non pas seulement de la compassion (un thème bien tracé en haïti, comme vous le savez bien) mais aussi de la justice, autrement dit, les causes de la souffrance et non pas seulement un traîtement des symptômes des torts commis par les leaders de la société. Il s’agit bien sûr de la justice et les questions politiques fâce à la corruption et bien d’autres fléaux. Je recommande le livre de Chanshi Chandi, un zambien qui est l’auteur de Christlike Justice in the Holiness Tradition (2007), un ouvrage qui existe également en français.
Est-ce que les missionnaires ont prêché avec une mauvaise intention un message qui ne fait aucune mention des conditions de la vie ici-bas? J’en doute fort. C’est plûtot que le message évangélique que nous avions reçu nous-mêmes lors de notre éducation théologique était caractérisé par ces lacunes importantes en ce qui concerne le côté social de l’évangile. En plus, les livres qui étaient choisis pour la traduction de l’anglais en français sont souvent marqués par un point de vue individueliste, c’est-à-dire ils parlaient de la sanctification de l’âme sans considérer les éléments communautaires. Heureusement, les nouveaux théologiens sont conscients de la pauvreté de ce perspectif et (je crois) sont en train de la rectifier en écrivant sur la signification de la sanctification pour le peuple de Dieu aussi bien que pour l’individu.
Pour terminer, je vous encourage à poursuivre vos pensées ici sans oublier que l’haïti fait partie de la grande famille des nations. Ne laissez pas le fait que l’haïti est une île servir à vous isoler au point que votre théologie devienne une théologie bornée. Nous avons besoin les uns des autres! Entrez dans la conversation avec vos freres et soeurs qui habitent les autres pays tels que le Congo, la France, le Bénin, la Côte d’Ivoire, et bien d’autres. Vous serez enrichis et les autres francophones des pays cités ci-dessus auront à leur tour une bénédiction grâce à vos réflexions.
Merci encore, mon Pasteur, de vos efforts dans lÉvangile.
Ensemble pour Christ,
Dr Greg Crofford
Nairobi, Kenya
(de passage à Pétionville, juillet 2004 à décembre 2005)
Merci de votre réponse. Tout d’abord, Je dois préciser que j’ai toujours eu d’excellents rapports avec les missionnaires. Vous êtes un parfait exemple. J’ai toujours eu beaucoup de respect et d’appréciation pour vous -Amy!- et votre leadership. Et vous n’êtes pas le seul. Et Je vous assure que les autres se connaissent aussi.
Je ne crois pas non plus que les missionnaires, pour la plupart, ont été mal intentionnés. Mais à mon avis le problème ne se pose pas là. Le problème se pose à un niveau plus profond. Il se situe à un niveau théologique plus profond.
Je définirais la théologie comme la foi pas nécessairement en quête d’intelligence, cela est de toute manière inclus aussi, mais surtout comme la foi en quête de sens, de signification. Dans cette logique là aucune théologie n’est universelle ou valable pour tout le monde, dans toutes les situations. Toute théologie est nécessairement une réflexion sur Dieu et les choses le concernant en réponse à un contexte ou situation sociale bien déterminée. Toute théologie implique un effort en vue d’articuler le sens, la signification de la foi en rapport à une situation socio-historique spécifique. Ceci est vrai pour les auteurs bibliques tout comme pour nous aussi aujourd’hui.
Ainsi la théologie évangélique nord-américaine n’échappe pas à cette condition. Elle est aussi une réponse à une situation socio-historique donnée. Et en tant que telle, elle reflète nécessairement les intérêts politiques, culturels, sociaux et économiques des chrétiens évangéliques nord-américains. Je pense que le climat politique actuel aux Etats-Unis est très suggestif. Si nous devons apprendre quelque chose dans toute cette situation ici aux Etats Unis c’est l’imbrication du religieux et du politique. La théologie est un langage politique, elle reflète toujours les aspirations de ceux qui la porte.
Ce n’est pas tout simplement parce que les missionnaires évangéliques nord-américains ne savaient pas mieux qu’ils nous ont exporté une théologie qui reflétait leur propre contexte– Evidemment il y a eu ça aussi– mais très justement, et je pense que c’est cela aussi que vous voulez dire, parce que cette théologie reflétait leur propre aspiration, leur propre idéal, leur propre intérêt.
Ainsi, la solution ne consisterait pas tout à fait dans le fait que les missionnaires sauraient mieux aujourd’hui. Il ne fait pas de doute que les missionnaires peuvent apprendre à être plus critiques par rapport à leur propre théologie, d’ailleurs cette tache n’incombe pas seulement aux missionnaires mais à nous tous. Cependant, ce qu’il nous faut aujourd’hui c’est de pouvoir articuler nos propres réflexions sur la foi chrétienne en réponse à notre propre situation socio-historique. Malheureusement, cela ne nous est pas intuitif parce que nous n’avons pas été éduqué pour le faire. Nous n’avons pas été éduqué pour réfléchir sur notre propre foi dans notre propre contexte. Beaucoup d’entre nous ne peuvent même pas envisager une telle possibilité, imaginer la foi au-delà de son expression évangélique nord-américaine.
De toute façon la théologie des missionnaires évangéliques nord-américains refléterons toujours leurs propres aspirations. Les missionnaires évangéliques nord-américains ne pourront jamais s’empêcher de produire des théologies qui répondent ou reflètent leur propre situation sociale, économique, politique, et culturelle.
A ce moment la, il ne fait aucune différence que les missionnaires évangéliques nord-américains soient bien ou mal intentionnés. Ils finiront toujours par vouloir imposer leur propre compréhension de la foi aux autres, à moins qu’ils adoptent une approche différente; qu’ils apprennent à être critiques envers leur propre théologie –de son enracinement social, culturel, idéologique– et à manifester une plus grande ouverture aux autres. Mais cela à un cout. Il requiert beaucoup d’humilité et une renonciation du pouvoir et des privilèges. Reste à savoir combien de missionnaires pourront se montrer à la hauteur de ce défi.
Naturellement je suis d’accord, il ne faut pas que nous le fassions en vase clos. Il nous faut dialoguer les uns avec les autres et nous enrichir les uns les autres.
Tout pour qu’il règne!
Merci encore,
Sadrack